Chapitre 9

En sortirai-je seulement un jour ? Le masque de mon sourire est toujours plus lourd à porter à mesure que les années passent. Les blagues toujours plus difficiles à trouver. Le saut, toujours plus court.

À mesure que le temps passe et que la vie m’offre ses événements, je ne peux que constater la mesure à laquelle le flux de mes pensées s’accélère quand je cherche inexorablement à le calmer. Submergé depuis toujours, me voilà dans une situation où je suis forcé de constater que je me noie.

Le pragmatisme. Subir, analyser, retrouver l’origine, l’essence, l’expliquer. Remonter à la naissance de ces réflexes n’a rien de difficile. Un père absent. Une mère malade. Une sœur en manque d’affection. Le cocktail de mon épanouissement enfantin n’aura été qu’une recette rapide vers une rationalisation excessive du monde m’entourant. Tout s’explique, tout se comprend.

Et pourtant, les mensonges. La prise de conscience que les valeurs sur lesquelles j’ai construit toute ma personnalité n’était que le fruit de l’imaginaire d’autrui a toujours été l’une des plus grandes violences que j’ai pu subir. Ma mère a toujours voulu que je sois aimant, attentionné, attentif, à l’écoute des autres et éloigné des considérations matérielles.

Le malheur, c’est pour les autres. Il faut toujours tout mettre en perspective. Faire sa bulle. Et me voilà adolescent, dénué de la moindre pensée négative et toujours là pour toutes les personnes m’entourant, parfois à tort. Mais qu’importe : le malheur ne m’atteint pas, autant rendre les autres heureux. Jusqu’à ce que bien sûr je me retrouve à l’âge adulte à comprendre que je n’ai fait que stocker un mal-être viscéral tout ce temps, que je n’ai désormais plus la force d’ignorer.

Les pensées qui me rassuraient fût un temps n’ont plus aucun effet. Ah qu’il était bon de pouvoir mettre en perspective mes idées noires en me répétant sans cesse que je n’étais pas le seul à ressentir les mêmes choses… jusqu’à ce que le monde s’impose à moi et me blesse jour après jour, incapable de s’accorder à ma sensibilité. Pourquoi lui en vouloir ? Il ne le fait pas exprès. Remettre en perspective, toujours.

Mon esprit me refuse le droit d’être mal. Chacune de mes pensées sombres sont immédiatement contre-balancées par des discours motivateurs devenus aujourd’hui vides de sens. Mes principes me refusent de faire du mal aux autres. Mon cœur se remet constamment en question. Et me voici, paradoxe vivant face aux contradictions d’un monde que je ne comprends pas, trop enfermé dans mon cycle pour avoir eu le temps d’en assimiler les moindres tenants et aboutissants. Je suis à la lisière d’un univers qui m’effraie et dont je ne reconnais pas les valeurs.

Je comprends tout, et ressens trop fortement. Comment diable peut-on avancer simplement dans ce monde alors que s’affrontent constamment en soi le pragmatisme et le sentimentalisme, tous deux exacerbés ? La seule formule que j’ai trouvé a finalement été d’arriver à copier l’assurance des gens dénués de compassion, fabriquant avec aise un masque facilement identifiable par les personnes m’entourant.

Au Diable ma véritable personnalité, que je ne saurais même plus véritablement définir tant elle est influençable. Qui sait ce que la prochaine personne de passage fera de moi, j’aurais quoi qu’il arrive toujours de quoi justifier le moindre acte.

Chapitre 8 : intimité

Pas l’habitude de ce format d’écriture particulier. Désolé si c’est à chier. Aussi : ça passe mal sur mobile.

          INT. CHAMBRE DE LA FEMME - NUIT                                  
                                                                           
          Une chambre plongée dans la pénombre, où traînent de             
          nombreuses affaires posées çà et là. On voit au bout de          
          celle-ci une porte où s’allume une lumière blanche dans ses      
          rainures. On y discerne l’ombre des pieds de quelqu’un, qui      
          l’ouvre doucement.                                               
                                                                           
          Un HOMME se tient au pas de la porte, dont on ne distingue       
          que la silhouette entourée d’un halo de lumière. On entend       
          au fond la respiration profonde d’une personne qui dort.         
          L’HOMME ferme doucement la porte en faisant attention de ne      
          pas faire de bruit, et enlève son manteau qu’il accroche au      
          porte-manteau à sa droite. Tout est alors plongé dans la         
          pénombre.                                                        
                                                                           
          Il fait froid. La lente respiration de l’HOMME provoque de       
          la fumée. Son manteau posé, il remarque que la fenêtre non       
          loin est ouverte. Il s’approche à pas de loup de celle-ci        
          pour la refermer.                                                
                                                                           
          Sa main se tend vers de la poignée de la fenêtre.                
                                                                           
                                                                           
          EXT. TERRASSE DE BAR - JOUR                                      
                                                                           
          L’HOMME et la FEMME sont assis à la terrasse d’un café           
          quelconque. Ils ont devant eux deux pintes de bière et des       
          cigarettes. C’est un après-midi hivernal classique.              
                                                                           
          La FEMME regarde droit dans les yeux l’HOMME. Son regard est     
          franc. Elle a de l’assurance.                                    
                                                                           
                              FEMME                                        
                         (défiante)                                        
                    On est potes, n’est-ce pas ?                           
                                                                           
                                                                           
          INT. CHAMBRE DE LA FEMME - NUIT                                  
                                                                           
          La fenêtre est fermée. L’HOMME se retourne et regarde la         
          pièce. On voit la FEMME dormir à poings fermés, en position      
          fœtale sur la gauche d’un grand lit. La seconde partie du        
          lit est libre, clairement dédiée à l’HOMME. Sa lente             
          respiration fait monter et descendre les draps la                
          recouvrant.                                                      
                                                                           
          L’HOMME contemple la chambre. Il remarque alors que son          
          manteau posé sur le porte-manteau donne l’impression qu’une      
          silhouette dressée au coin de la pièce les regarde tous          
          deux.                                                            
                                                                           
                                                                           
          INT. CHAMBRE DE LA FEMME - JOUR                                  
                                                                           
          La même chambre, bien rangée, au levée du soleil. L’HOMME et     
          la FEMME sont assoupis sous les draps.                           
                                                                           
          La FEMME se réveille en sursaut, visiblement terrifiée, et       
          hurle et frappe dans les airs. L’HOMME suit rapidement et        
          s’empresse d’essayer de la calmer.                               
                                                                           
                              HOMME                                        
                         (doux et calme)                                   
                    C’est un cauchemar chat                                
                                                                           
          La FEMME continue de hurler. L’HOMME tente de se saisir          
          doucement de ses bras pour la ramener vers elle, et se fait      
          frapper du même temps sans qu’il ne s’arrête.                    
                                                                           
                              HOMME                                        
                    C’est moi chat, c’est vraiment moi.                    
                                                                           
          La FEMME se calme petit à petit, et commence lentement à         
          accepter l’étreinte de l’HOMME.                                  
                                                                           
                              HOMME                                        
                    C’était simplement un cauchemar,                       
                    tout va bien. Calme-toi. je suis                       
                    là.                                                    
                                                                           
          Elle murmure quelque chose d’indiscernable et, toujours          
          enlacés, l’HOMME et la FEMME se rallongent lentement.            
                                                                           
                                                                           
          INT. CHAMBRE DE LA FEMME - NUIT                                  
                                                                           
          L’HOMME réarrange son manteau de manière à ce que la forme       
          qu’il crée ne soit qu’une boule. On entend toujours la           
          respiration de la FEMME, calme et profondément endormie. Il      
          reprend son chemin vers le lit, en faisant toujours              
          extrêmement attention à ne pas faire le moindre bruit.           
                                                                           
          Le désordre environnant rend sa démarche compliquée. Après       
          quelques pas, on l’entend réprimer un son de douleur. Un         
          bruit de verre brisé accompagne son dernier pas.                 
                                                                           
                                                                           
          INT. VERANDA - JOUR                                              
                                                                           
          La véranda d’une grande maison campagnarde. On la devine         
          familiale par le mobilier, qui intègre de nombreux fauteuils     
          autour d’une large table destinée à accueillir de nombreux       
          convives. Des plantes vertes sont apposées partout, et les       
          murs sont largement décorés avec des photos de famille qu’on     
          ne peut pas discerner. L’ambiance est ancienne mais              
          chaleureuse.                                                     
                                                                           
          La FEMME, habillée avec soin, réprime ses larmes au centre       
          de la véranda, visiblement bouleversée. Elle fume                
          nerveusement une cigarette. L’HOMME, lui-même sur son 31,        
          pénètre dans la véranda et s’approche de la FEMME qu’il          
          enlace lentement par le dos, posant ses mains sur son            
          ventre.                                                          
                                                                           
                              FEMME                                        
                         (troublée)                                        
                    Je suis juste une merde en fait.                       
                                                                           
                              HOMME                                        
                         (rassurant)                                       
                    Ne dis pas ça.                                         
                                                                           
                              FEMME                                        
                    C’est vrai pourtant. Je l’ai déçu,                     
                    encore. Pas foutue de faire juste                      
                    ce qu’on me demande comme prévu.                       
                                                                           
                              HOMME                                        
                    On en a déjà parlé... Peut-être que                    
                    ça ne te correspond juste pas.                         
                                                                           
                              FEMME                                        
                         (doucement agacée)                                
                    Et alors ?                                             
                                                                           
                              HOMME                                        
                    Et alors il ne veut sûrement que                       
                    ton bien et va bien finir par                          
                    comprendre.                                            
                                                                           
                              FEMME                                        
                         (agacée)                                          
                    T’as aucune idée de ce que c’est.                      
                                                                           
                              HOMME                                        
                    Non. Mais je sais ce que tu fais,                      
                    et je sais ce que tu vaux.                             
                                                                           
                              FEMME                                        
                         (ironisant)                                       
                    Cool.                                                  
                                                                           
                              HOMME                                        
                    Hey.                                                   
                                                                           
          L’HOMME renforce son étreinte et loge sa tête dans son cou.      
          La FEMME ne le repousse pas, mais ses sourcils sont              
          légèrement froncés.                                              
                                                                           
                              HOMME                                        
                    T’es une femme géniale. T’as besoin                    
                    de l’approbation de personne pour                      
                    que ce soit le cas : tes actions                       
                    parlent pour toi.                                      
                                                                           
          La FEMME appose ses mains sur celles de l’HOMME.                 
                                                                           
                                                                           
          INT. CHAMBRE DE LA FEMME - NUIT                                  
                                                                           
          L’HOMME se baisse et saisit un cadre dont le verre est           
          brisé. À l’intérieur, on discerne vaguement une photo de         
          famille.                                                         
                                                                           
          Il a du verre dans les pieds, mais n’y prête pas attention.      
          Il continue son chemin vers le lit, et grimace de douleurs à     
          chaque pas sans pour autant faire de bruit.                      
                                                                           
          Il percute un objet relativement lourd qui roule sur             
          lui-même un petit instant. C’est un godemichet.                  
                                                                           
                                                                           
          INT. BAR - NUIT                                                  
                                                                           
          Dans un bar quelconque. La FEMME sort des toilettes des          
          femmes au même instant qu’un AUTRE HOMME sort des toilettes      
          des hommes.                                                      
                                                                           
          Leurs regards se croisent furtivement avant de s’entremêler.     
          D’abord avec étonnement. Puis avec curiosité. Enfin, avec        
          défi.                                                            
                                                                           
          Ils s’embrassent langoureusement. On ressent la passion de       
          leur étreinte.                                                   
                                                                           
          Elle se termine, et la FEMME comme l’AUTRE HOMME repartent       
          dans des directions opposées, sans un mot.                       
                                                                           
                                                                           
          INT. CHAMBRE DE LA FEMME - NUIT                                  
                                                                           
          L’HOMME s’est arrêté le temps que le godemichet cesse de         
          rouler.                                                          
                                                                           
          Au son de la respiration toujours lente de la FEMME, il          
          reprend son chemin douloureusement et arrive au bord du lit.     
                                                                           
          Il commence à déboutonner son jean. On remarque quelques         
          taches de sang sur ses manches.                                  
                                                                           
                                                                           
          INT. CHAMBRE DE LA FEMME - JOUR                                  
                                                                           
          On voit un autre jean se faire lentement déboutonner. La         
          FEMME est celle qui le déboutonne avec un air malicieux. Il      
          s’agit du jean d’une AUTRE FEMME nue, allongée dans le lit.      
          La FEMME est en soutien-gorge.                                   
                                                                           
          Elles échangent des rires complices pendant que la FEMME         
          retire sensuellement le jean de l’AUTRE FEMME, prenant sa        
          culotte du même temps. Elle se penche lascivement en             
          direction de son entrejambe.                                     
                                                                           
                                                                           
          INT. CHAMBRE DE LA FEMME - NUIT                                  
                                                                           
          Débarrassé de son jean, en t-shirt et en caleçon, l’HOMME        
          s’allonge lentement au côté de la FEMME. Il fait toujours        
          très attention à ne pas la réveiller. La FEMME remue quelque     
          peu, mais ne rompt pas de sa position fœtale et lui fait         
          dos.                                                             
                                                                           
          Il reste un instant allongé sur le dos, contemplant le           
          plafond.                                                         
                                                                           
                                                                           
          INT. CHAMBRE DE L’HOMME - JOUR                                   
                                                                           
          Nous sommes dans une seconde chambre appartenant à l’HOMME.      
          Le décor est minimaliste, presque impersonnel. Les meubles       
          ne s’accordent pas entre eux. Seuls les murs sont décorés        
          par des peintures abstraites à la dominante noire montrant       
          des paysages éthérés.                                            
                                                                           
          L’HOMME est nu, la FEMME ne porte qu’un soutien-gorge. Elle      
          est semi-allongée dans le lit, lui assis sur le côté.            
                                                                           
                              FEMME                                        
                         (inquisitrice)                                    
                    Alors ?                                                
                                                                           
                              HOMME                                        
                         (légèrement essoufflé et                          
                         amusé)                                            
                    C’était ouf.                                           
                                                                           
                              FEMME                                        
                         (curieuse)                                        
                    Vraiment ?                                             
                                                                           
                              HOMME                                        
                         (amusé)                                           
                    J’ai jamais baisé comme ça. Une                        
                    semaine, sérieux ?                                     
                                                                           
          La FEMME sourit et plisse les yeux, défiante.                    
                                                                           
                              FEMME                                        
                         (inquisitrice)                                    
                    Ah t’appelles ça baiser ?                              
                                                                           
          L’HOMME est troublé par la question. La FEMME se lève,           
          cachant pudiquement ses formes pour chercher sa culotte.         
                                                                           
                              FEMME                                        
                    On a pas baisé là. On a fait                           
                    l’amour.                                               
                                                                           
                              HOMME                                        
                         (complice)                                        
                    Oui, clairement... On a fait                           
                    l’amour.                                               
                                                                           
          La FEMME remet sa culotte et pousse l’HOMME à la prendre         
          dans ses bras en s’allongeant.                                   
                                                                           
                              FEMME                                        
                         (détendue)                                        
                    Ton regard m’a fait jouir.                             
                                                                           
          Ils s’étreignent un court instant.                               
                                                                           
                              HOMME                                        
                         (rieur)                                           
                    Une semaine sérieux !                                  
                                                                           
                                                                           
          INT. CHAMBRE DE LA FEMME - NUIT                                  
                                                                           
          L’HOMME est allongé et tousse dans son poing fermé,              
          l’aspergeant de sang. Il n’en tient pas rigueur, et se           
          tourne vers la FEMME. Il pose son bras au-dessus d’elle, sa      
          main sur la sienne, et se rapproche pour l’étreindre. Elle       
          gigote doucement et pousse un petit bruit signifiant qu’elle     
          est heureuse de le sentir.                                       
                                                                           
          L’HOMME embrasse tendrement le cou de la FEMME avant de          
          mettre sa tête sur son oreiller. Il ferme les yeux.              
                                                                           
                                                                           
          INT. PIECE BLANCHE - JOUR                                        
                                                                           
          On voit la FEMME nue, entourée d’un halo de lumière dans une     
          pièce intégralement blanche dont on ne discerne pas les          
          limites. Elle plonge son regard directement dans celui du        
          spectateur, l’air malicieuse.                                    
                                                                           
                              FEMME                                        
                    On est potes, n’est-ce pas ?                           
                                                                           
                                                                           
          INT. CHAMBRE DE LA FEMME - NUIT                                  
                                                                           
          L’HOMME esquisse un léger sourire, d’où sort un mince filet      
          de sang coulant sur sa joue.                                     
                                                                           

Chapitre 7 : regard

La lumière. Puis le noir. La lumière à nouveau.

Il se réveille, la tête vide de tout souvenir. Paniquer. Non, pas tout de suite. Tout paraît plat, silencieux. Rien n’indique un danger immédiat. Ses sens s’éveillent sans pour autant lui envoyer de signaux d’alarme. L’ouïe d’abord, qui ne constate qu’un calme olympien. Le toucher bientôt, ses mains sur un sol inégal mais pas pour autant instable. Son odorat et le goût ensuite, qui ne perçoivent qu’une fraîcheur légère.

Sa vue enfin s’active. Le voici dans un paysage étrange, dont la vive lumière imprègne au loin de grandes vallées fibreuses, duveteuses, cotonneuses. Le sol semble être fait de cette même matière étrange dont il ne saurait expliquer la composition. Rien n’est plat, tout n’est qu’enchevêtrement de fibres et de coton teintés de bleu froid et d’argent scintillant.

La lumière. Puis le noir. La lumière à nouveau.

Son environnement immédiat n’est pas aussi grand que son regard porté au loin semblait lui indiquer. Il n’est pas libre. Un couloir ? Un corridor ? Impossible de définir la géographie du lieu, mais des murs presque invisibles faits d’une matière mousseuse l’entourent. En y posant la main, on ne peut que constater une étonnante élasticité qui ne rompra pas par la force d’un seul homme.

Droite ou gauche ? Ce paysage sans frontière semble s’étendre à perte de vue. La notion même de bonne ou de mauvaise direction se perd dans la brume l’entourant. Qui est-il ? Cela n’a aucune importance. Est-ce que c’en avait, un jour seulement ? La liberté ; voilà qui vaut bien l’oubli. Il avance d’un pas tranquille, l’esprit serein et l’œil toujours plus curieux.

La lumière. Puis le noir. La lumière à nouveau.

Qu’était-ce ? Qu’importe. Une strie lumineuse, d’un bleu vif, le traverse sans un bruit et semble le guider dans ce paysage abscons. Elle flotte en avant, et ses mouvements lents et laiteux l’apaisent plus encore. Il sourit béatement, presque en transe.

Une strie le traverse à nouveau. Puis une autre. Puis des dizaines d’autres, au point qu’elles semblent toutes émaner de son corps. Et toutes se rejoignent devant son regard pour le guider. Se mariant parfaitement au paysage bleu gris, elles semblent faire partie de la scène onirique se déployant toujours plus devant ses yeux. Des montagnes de fibres laineuses, bleu-argent, se dressent devant la froide procession mue par une naïveté presque tangible. Mais elle ne pourra jamais l’atteindre : les murs, si transparents qu’ils soient, ne céderont pas.

La lumière. Puis le noir. La lumière à nouveau.

À quoi bon y penser. Les stries lumineuses disparaissent petit à petit, avec la même grâce que lorsqu’elles sont apparues. Les éphémères de lumière ont rempli leur mission et l’ont guidé. Vers où ? La transe s’estompe, lui permettant de constater la fumée sortant de sa bouche. Chaque pas la rend toujours plus épaisse. Le froid lui prend la gorge.

Le paysage a changé. Les montagnes sont maintenant glacières, et le sol glissant. Du verglas ? Ses couleurs n’ont pas particulièrement changé, mais il aurait juré que le bleu de son éveil était plus vif quelques mètres plus tôt. Il dérape, et se rattrape tant bien que mal en s’appuyant contre un mur proche. Élastique, toujours, mais dont le froid mordant lui brûle la main presque aussitôt.

La lumière. Puis le noir. La lumière à nouveau.

Un tremblement le traverse tout entier. Le froid est désormais omniprésent, à peine gêné par son souffle semblant se glacer devant ses yeux. Ses pas sont toujours plus incertains, le sol toujours plus instable. Il prend conscience des murs l’entourant plus qu’il ne le faisait auparavant.

Brise-les. Un ordre intime. Sans pour autant s’arrêter d’avancer, il se surprend à s’appuyer toujours plus fortement contre les parois l’entourant avec l’espoir ténu d’y déceler une faiblesse conduisant à sa libération. Prison. La pensée le traverse comme un éclair, le déstabilisant assez mentalement pour que son corps le suive. Il dérape, s’affaisse, et son corps commence une course effrénée dont il n’est plus maître : le paysage le contrôle désormais.

La lumière. Puis le noir. La lumière à nouveau.

Pourquoi ?! Un hurlement. Le tournis. Pris dans un tourbillon de glace et un mouvement incontrôlable, son corps entier se cogne sur les parois gelées le mordant du même temps. Disparu est le bleu calme ; seul l’argent froid, implacable, constitue ce nouveau monde. Ne lui reste plus qu’un esprit dont il ne connaît rien comme dernier rempart face à la violence qu’il subit.

La sérénité n’existe plus, effacée par ses battements de cœur toujours plus vifs et lourds dans sa poitrine. Son visage ne sait plus afficher qu’une succession de sourires crispés et de bouches grandes ouvertes pour formuler un cri dont sa gorge n’est plus capable. Son regard ne perçoit plus qu’une chose : un énorme trou noir représentant la fin inéluctable du chemin qui s’est imposé à lui.

La lumière. Puis le noir. La lumière à nouveau.

Panique. Froid. Douleur. Apaisement. Ses sens n’ont plus de raison d’exister. Son corps meurtri l’abandonne. Seul son esprit s’agite désormais, cherchant à former de ces souvenirs nouvellement acquis une personnalité.

Puis le noir.

L’apolitique de la maison

Comme je vous le disais dans le chapitre 6, j’ai des envies de retrouver cette transparence que j’ai toujours cherché à cultiver entre nous. Aussi me vient l’envie d’aplanir certaines choses sur ma personne, ma politique maison si vous voulez, afin que l’on parte sur de bonnes bases.

Tout est politique, paraît-il. Le simple fait de m’exprimer sur ce blog le serait auquel cas ? Qu’importe : j’avoue avoir peu de considération pour la politique, pour le simple fait que je ne me sens pas commentateur légitime. Je manque tout simplement de culture pour en parler.

Malgré tout, je ne suis pas assez innocent pour ignorer tous ces sujets qui animent ma timeline. Je commente peu, si ce n’est de manière sanguine, les rebondissements de l’actualité ou de la société par simple peur de m’approprier des combats qui seraient bien mieux menés par un autre. Cela ne m’empêche pas d’avoir ma politique maison.

Chère bouliche, je te déclare donc avec le moins de solennité possible que je me fiche éperdument de ton sexe, de tes croyances, de tes origines, de ta couleur de peau, de tes attirances sexuelles ou encore de la manière dont tu choisis de t’identifier. La seule chose qui m’importe est que tu fasses ce qui te rend heureux en respectant du même temps ton prochain.

Je me dois toutefois de préciser que j’abhorre, peut-être un brin déraisonnablement je dois bien l’admettre, les boîtes. Si je conçois que l’on puisse en avoir besoin, ne serait-ce que pour se sentir plus fort et pouvoir lutter contre l’oppression, le communautarisme a plus tendance à me repousser qu’à m’attirer, car je l’ai surtout observé créer un élitisme plus qu’un lien entre les gens.

Je crois ne pas aimer, le plus simplement du monde, la moindre chose pouvant nous faire croire que l’on est au-dessus de n’importe qui, que l’on a compris quelque chose que d’autres n’ont pas compris, que l’on possède une sagesse supérieure à la moyenne. Bref, je n’aime pas le mépris, ce qui est en parfaite contradiction avec ma propre apathie pour le genre humain. Peut-être suis-je une sorte d’humaniste désabusé, dans le fond : je suis persuadé que n’importe quelle personne a quelque chose d’intéressant à dire, pour peu qu’on lui pose la bonne question.

Qu’importe. Pour ce qui est de l’attirance, je ne fais que deux différences : le cul et l’amour. Ces deux entités peuvent être intimement liées, totalement séparées, tout en nuance, là n’est pas vraiment la question. J’utilise ces deux bases simplement pour connaître les intentions des gens qui m’entourent et pouvoir les comprendre : qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme au bout ne m’intéresse pas vraiment, c’est un détail dans la conversation que je veux avoir avec vous sur le sujet, ne pensez-vous pas ?

Quant à moi, je dois bien reconnaître n’avoir été attiré que par des femmes jusque là. Le seul but m’animant étant de trouver « la » personne, une idée incroyablement stupide au demeurant si l’on y réfléchit (mais dont je ne saurais pas me séparer), je ne veux malgré tout pas me fermer à une bonne moitié de la population. Qui sait Jean Paul, tu me feras craquer un jour.

Je suis par contre bien trop obsédé par l’idée de construire pour avoir une relation sans lendemain : les coups d’un soir ne m’intéressent pas, pour cette raison. Cependant, je ne vous jugerai jamais par ce prisme, mon prisme : j’essaie de comprendre les gens en me mettant à leur place autant que faire se peut, bien que cela puisse parfois être difficile de par la diversité des vies que nous vivons tous. N’est-ce pas là le plus intéressant chez les gens ceci étant ? J’en suis persuadé.

En parlant de diversité, il paraît que la couleur a son importance. Sur ce point, je ne fais là encore que deux différences, à croire que je suis binaire : les cons, et les autres. Pour le reste, les couleurs utilisées pour nous décrire nous, être humains, me paraissent tellement stupides en elles-mêmes dans leur logique et leur réflexion que je ne pourrais même pas essayer d’y accorder de l’importance. Votre histoire m’intéresse cependant, si tant est qu’elle vous intéresse vous. Je ne saurais par contre pas vous décrire la mienne, puisque je ne m’y suis pas intéressé. Je peux a minima vous dire que mon nom de famille, Lancelin-Golbery, est résultat d’une adoption et non pas une particule.

Le genre aussi, au passage, tiens. Je suis un « homme » ayant été principalement élevé par des femmes, dans deux familles sensiblement matriarcales, très proche de ma sœur et ayant toujours majoritairement traîné avec des femmes de par le fait que j’ai toujours eu des difficultés à trouver des hommes ayant les mêmes considérations que moi. Malgré tout, j’en ai évidemment trouvé et ceux-ci font partie de mes plus proches amis.

Il ne s’est pas passé une année de ma vie sans que je ne puisse constater, de mes propres yeux, à quel point le fait d’être un homme blanc est un privilège pour moi. Qu’il s’agisse de la différence de traitement pour sa couleur de peau, son sexe ou son orientation sexuelle, ne pas reconnaître la différence est pour moi de la malhonnêteté intellectuelle. Méprisant les boîtes, je suis bien sûr plus qu’attiré par une société égalitaire où l’on pourra tous insulter les cons en cœur et surtout en paix.

La religion est un sujet complexe dans mon esprit, c’est pourquoi je vous demanderai de me suivre jusqu’au bout avant peut-être de vous laisser guider par une réaction allergique. Pour le dire simplement : je déteste la religion, qu’importe le nom qu’elle prend. Les histoires de chacune d’entre elles m’exaspèrent et m’agacent tant je ne peux m’empêcher de pointer du doigt à quel point elles sont « humaines » : s’il y a un ou plusieurs dieux au-dessus de tout ce bordel, pourquoi leurs règles sont si putain d’humaines et aléatoires, semblant être sorties de la bouche d’un fou ? Vous avez compris la suite de mon raisonnement (qui est purement personnel) : parce que tout ce bordel a été créé par l’humain pour justifier parmi les pires actes de l’Histoire. Ce n’est pas de notre faute si nous sommes inhumains, c’est le mec d’en haut qui le demandait.

Malgré tout, je respecte énormément la foi. Quand bien même le religieux m’exaspère, la volonté pour une personne de transcender la bassesse humaine pour aspirer à une vie plus spirituelle et respectueuse, souvent basée sur l’amour dans la plupart de ces bouquins, est quelque chose contre lequel je ne me battrais jamais et qui au contraire me rend humble. Seulement, n’utilisez ce principe que pour faire le bien autour de vous, sans quoi vous rentrerez pour moi, dans ma conception, dans le cadre des gens souhaitant imposer leur vision du monde aux autres ; les cons, quoi. Inutile de le préciser : je ne crois en rien, si ce n’est peut-être la nature.

Au passage : je me fiche de la manière dont vous souhaitez vous identifier. Dites-moi tout bêtement ce que vous attendez de moi, et je m’exécuterai : je ne vois même pas pourquoi il faudrait réfléchir plus loin que cela. Encore une fois : faites ce que vous voulez, tant que ce n’est pas au détriment des autres.

Je pense sincèrement que nous sommes tous des petites fourmis, que chacun de nos problèmes est partagé par d’autres personnes dans ce monde, et que nous devrions nous en rappeler bien plus souvent. Je n’arrive pas à comprendre cette volonté de se croire unique que je ressens parfois : en quoi est-ce un mal de ne pas être grand-chose ?

C’est en cela que je trouve que notre rôle le plus important en ce bas monde est de tenter de faire autant de bien que possible autour de nous. Certains y arriveront à grande échelle, d’autres pour seulement une ou deux autres personnes à peine, mais une chose est sûre : le tout en profite.

La pensée inverse existe bien sûr : aussi partagé qu’il puisse être, nous vivons enfermés dans nos propres têtes bien égoïstement sur ce bas monde. Pourquoi ne pas alors embrasser ce ridicule en se focalisant sur le fait de se faire du bien à soi, et uniquement soi, sur cette courte période que sera notre vie ? Bien que je comprenne cette pensée…

Non. N’oublions pas malgré tout que nous sommes, avant même d’être des êtres humains, des animaux incroyablement sociables. Il serait tout simplement dommage de renier notre nature même pour aussi peu : ce n’est pas parce que nous ne sommes que des fourmis que nous devrions manquer d’ambition.

Que chaque petit insecte vive sa vie comme il l’entend, à chercher son propre bonheur pour couler des jours heureux dans son coin sans marcher sur son voisin pour cela. Et que la fourmilière se lève d’un seul bloc dès lors que la moindre source, intérieure ou extérieure, tente de le freiner.

La voici donc, ma politique maison. Ou du moins une petite partie collant à cette triste époque que nous vivons. Aussi changeant que je puisse être, aussi contradictoire qu’elle puisse vous paraître, c’est là les grandes lignes qui m’animent au quotidien sur ces sujets. Si celles-ci vous conviennent, je vous souhaite la bienvenue dans mon monde. Si elles ne vous conviennent pas, laissez-moi donc vous parler pour tenter de vous comprendre, tant que nous n’essayons pas de nous imposer l’un l’autre notre point de vue.

Car la seule chose qui m’intéresse véritablement est de récolter vos expériences, grandir à votre contact et tenter de me mettre à votre place autant que je le peux, sans jamais être à l’encontre de votre personne. Je ne crois pas aux généralités, je crois au partage de la subjectivité la plus intime. Si je peux qui plus est vous rendre heureux au passage, ne serait-ce que par le biais d’une simple vanne parfaitement ridicule, vous m’en verrez ravi.

Et si un jour je me détourne de cette voie, ou si l’un de mes discours ne semble pas y correspondre… Dites-le moi, tout simplement. Je suis loin d’être infaillible, et compte sur la sagesse de votre vécu pour m’aiguiller : il m’est bien impossible de grandir seul, comme la petite fourmi que je suis.

Mood musical

Chapitre 6 : la théorie du chaos

Je n’aime pas devenir une « personnalité » sur internet.

C’est peut-être cette simple phrase qui résume assez bien mon dilemme actuel et motive la création de ce billet. Ironique venant d’une chronique utilisant un montage de ma personne comme on peut le voir de n’importe quelle personnalité sur internet ? Ce cynisme m’amuse.

Une pensée gonflée, voire même vaniteuse, de la part d’un petit journaliste qui a à peine dépassé sa dixième vidéo à quelques dizaines de milliers de vue, vidéos qu’il n’a d’ailleurs pas lui-même créés ? C’est cette pensée qui m’a empêché de pointer du doigt mon problème ces derniers temps. J’essaie donc de la mettre de côté.

J’ai passé ma vie à chercher à vivre de ma passion pour l’écriture et les sujets qui m’animent. Aujourd’hui, après des années de galère, me voilà dans une rédaction qui met en valeur mon travail, me rémunère assez pour que je vive largement et ne me pose jamais le moindre problème d’éthique, fait assez rare dans mon histoire pour être souligné.

Mais alors, que se passe-t-il ? Le fait est que je suis désormais devant de nombreux yeux qui font le lien entre ma personne et le contenu devant eux, n’hésitant pas par ailleurs à m’apostropher pour majoritairement me traiter de tous les noms. Loin d’être choqué, j’y suis depuis bien longtemps habitué. Mon problème n’est pas celui-ci.

Mon problème est d’avoir toujours eu à cœur d’être entier avec les personnes qui me suivent, cette démarche étant pour moi primordiale dans la confiance que vous pouvez (ou non, bien sûr) accorder à mes écrits, à mon point de vue. Sans dire que je représente une source infaillible, vous savez d’où je viens et pourquoi je peux penser ce que je pense : en somme, j’essaie de vous offrir des clefs pour me lire.

Cette compréhension, je l’ai installée dès mes premiers sites. Chaque jour, je vois des pseudonymes dans mon flux de réponse Twitter présents depuis si longtemps qu’en calculer la présence effective me mettrait un coup de vieux phénoménal. Ces personnes m’ont suivi auparavant grâce aux plateformes que je maîtrisais pleinement, faisant que le doute n’existait pas virtuellement sur ma personne : mes faiblesses et mes forces, mes qualités comme mes défauts étaient représentés sous leur forme la plus pure.

Aujourd’hui, j’apparais sur une plateforme bien plus large que je ne suis, avec un ton cherchant à répondre aux questions du plus grand nombre. Si place pour la personnalité il y a, je ne peux pas en mon âme et conscience balayer le fait que des regards se portent sur moi en attente d’une information : je me dois donc de m’y conformer autant que faire se peut. D’autres regards encore ont des attentes particulières auxquelles je me dois de répondre.

Dans cette idée, me voilà à devoir me représenter sur internet. Cherchant toujours à envoyer le plus de positivité possible sur les ondes, je tente tant bien que mal de me transformer en « l’ami de tout le monde » pour pouvoir transmettre ce que j’ai à transmettre.

Cependant… Je ne suis pas ça. J’adorerais l’être bien sûr, mais c’est loin d’être mon cas. Je suis un être humain, terriblement faillible et malléable, constamment changeant, jamais lisse. Un brin misanthrope même, ou en tout cas en difficulté dès qu’il s’agit de trouver des êtres humains intéressants. Sûr de moi autant que je peux l’être jusqu’à ce qu’une brise fasse vaciller mon vaisseau. Je crois que l’une de mes plus grandes convictions est que le fait d’être humain est justement d’être faillible, en proie au doute et constamment terrifié par ses erreurs.

Or, le principe de fonctionnement d’internet et de mon métier me force naturellement à adopter le masque d’une personnalité publique, aussi insignifiante qu’elle soit, mettant au placard tout ce qui est humain pour devenir l’espace de quelques minutes une banderole gesticulante sur laquelle est apposée une voix rythmée.

Comprenez bien : je suis très heureux d’être accueilli chaleureusement, de faire rire mes contemporains et que mon propos puisse potentiellement les intéresser. Mais une partie de moi a aussi l’envie terrible de rappeler à tous ceux qui m’accueillent à bras ouverts à quel point je ne le mérite pas, puisque c’est à une version fantasmée de ma personne qu’ils s’adressent. Un produit, créé avec précision dans mon laboratoire et soigneusement mis en scène par d’autres pour consommation immédiate.

C’est aussi pour ça que ce blog s’est petit à petit transformé en recueil plus personnel ; un blog, finalement. La raison d’être de ces chapitres est autant de m’épancher que de donner l’accès à ceux qui le souhaitent à… mon être, dans son entièreté. Si touché que je puisse être de vos sentiments amicaux, laissez-moi tout de même vous rappeler ce que je suis plutôt que de vous laisser vous baser sur la manière dont j’apparais.

Évidemment, aussi honnête que j’essaie d’être avec moi-même, le biais que j’entretiens sur ma vision de ma propre personne influence ces écrits. Mais au moins avez-vous un peu plus profond à démêler, et j’espère même de quoi discerner mes paradoxes et mes contradictions.

Après des années à chercher à n’être que positif, je réfléchis aujourd’hui à un nouveau format s’ajoutant à ces chapitres pour laisser s’exprimer mes plus bas côtés, de manière à contrebalancer cette image de moi apparaissant sur internet que je ne reconnais pas sans pour autant la renier.

Je crains tout simplement de ne pas être fait pour avoir une image. Je cherche donc aujourd’hui à la créer et la détruire simultanément, un processus qui pourrait finalement être aussi chaotique que je ne le suis en personne. Ne serait-ce pas là être véritablement honnête avec vous ?

Mood musical

Chapitre 5 : grotesque

« Enfin, voilà l’appart’ quoi »

Sa voix me tire de ce qui semble être un rêve éveillé. Je suis debout dans une pièce très lumineuse, où s’étendent le long des murs deux lits d’une place. Leurs draps sont d’un bleu très clair, accompagnés sobrement par la note de blanc fournie par les oreillers à leur bout. Je distingue au loin une cuisine quelconque, mais n’arrive pas pour autant à estimer la taille de l’appartement. Debout entre les deux lits, nous tenons à peine. Au fond, une fenêtre laisse passer une lumière si blanche qu’elle en est dérangeante.

« Y a pas grand-chose à en dire »

Je regarde enfin mon interlocuteur. Celui-ci a le visage d’un journaliste que je connais, mais je reste impassible. Sa voix est posée, sereine. Son visage est constamment animé par une joie indicible, comme si un sourire était constamment gravé au plus profond de son âme. Il semble simplement vivre la vie dans l’instant, sans jamais se prendre la tête… et sans jamais dormir non plus, des cernes creusant le contour de ses yeux.

Je ne parle toujours pas.

« Sur ce je te laisse, j’ai une soirée. Profite bien écoute, on se voit plus tard. »

Sur ces mots, il s’empresse de sauter par la fenêtre. Je me penche vers celle-ci : elle donne sur un toit court surplombant un escalier bondé de monde, lui-même rejoint par plusieurs escaliers. L’ambiance y est pour le moins collégiale, le peuple montant et descendant rappelant sans nul doute un lycée une fois la sonnerie retenti.

Je regarde au loin. Le toit s’étend à l’infini pour protéger un Colisée immense au centre de cette construction énigmatique. La lumière se reflète sur les pierres blanches de l’édifice, lui donnant un aspect divin. La seule pensée me traversant l’esprit est d’une étrange simplicité : j’irais bien me poser sur les toits surplombant le Colisée, avec un peu de musique dans les oreilles pour accompagner le tout.

« Tu ne serais pas Maxime ? »

Me voilà surpris une nouvelle fois dans mes rêveries, cette fois-ci par une voix mélodieuse dans laquelle je discerne une pointe de curiosité. Je me retourne. En face de moi, au centre des lits prenant le rôle de délimiteurs de couloir, se tient désormais une jeune femme couleur caramel. Son petit visage rond est avenant, son sourire accueillant. Son regard qui plonge dans le mien n’est teinté que de sympathie.

« Mais oui, c’est vraiment toi. T’es le mec de Twitter là ! »

Elle me sourit, et son visage s’illumine. Les bras entrelacés dans son dos, elle penche légèrement la tête pour me dire :

« Je suis venu pour toi. »

Mon regard fuit l’espace d’un instant ma boîte crânienne, prenant sa vie propre pour m’offrir des angles dramatiques sur ma rencontre impromptue tandis qu’elle retire avec assurance la robe qu’elle porte, le regard complice. Les images que capture mon regard sont violentes, presque lacérantes malgré les gestes gracieux de la femme. Se rapprochant plus avant de l’ingénue, il n’enregistre plus que son visage, révélant des yeux aussi sombres que brûlants me fixant toujours intensément. Le reste de son visage, à peine perceptible, n’est plus qu’angles tranchants.

Mon regard revient à moi. La violence de l’expérience me fait tituber jusqu’à mon lit. La jeune femme ne semble pas changer d’idée, et s’allonge lascivement sur le lit en face du mien.

Je m’oublie, et contemple brièvement l’idée de lui faire l’amour.

Alors que je me questionne, son corps change. Où il n’y avait jusque là que des formes arrondies et accueillantes se tient désormais une fresque que Rubens aurait peinte avec plaisir, pour peu qu’il eût été tenté d’exprimer les pires pensées de Charles Manson au pic de sa folie. La petite femme perd petit à petit sa couleur caramel pour devenir blanche, blafarde alors que son corps dégouline, suinte sur le lit. De sa chair naissent l’une après l’autre d’autres femmes graciles, frêles, dont les os saillants se marient à ravir au désespoir que leurs pupilles, vides de toutes émotions, semblent tenter d’exprimer. Çà et là, des formes animales jaillissent. Sans fourrures. Sans âmes. Ce spectacle grotesque n’en finit pas, ces corps inertes ne faisant que se créer et se fusionner suivant le rythme d’un manège macabre.

Ma réflexion pourtant n’est pas perturbée le moins du monde. « Devrais-je lui faire l’amour ? » est la seule question occupant mon esprit face à cela, toujours fixé par les yeux encore discernables de la créature qu’était autrefois la jeune femme.

Je reviens à moi, doucement rappelé à la raison par mes principes. Toujours insensible face à la transformation de ma compagne, je ne fais que me rappeler mes attentes personnelles, mes élans romantiques et le simple fait que je ne la connais pas.

Quand bien même je n’ai prononcé mot, les créatures occupant le lit d’en face semblent avoir compris mon retour à la raison et prennent une à une la poudre d’escampette en ricanant, comme le feraient les lutins d’un conte.

Les derniers membres de cette troupe hallucinée quittent mon foyer quand mon regard est attiré par une figure humanoïde sur le départ. Sa robe blanche soulevée par sa course, je discerne des fesses juchées sur des épaules là où son dos aurait dû se trouver.

Je décide alors de la poursuivre et, avant qu’elle ne franchisse le seuil de ma porte, lui agrippe le bras pour la retourner vers moi, plongeant mon regard dans le sien avec effroi. Ses yeux sont durs, son visage renfermé et marqué par des années de souffrance.

« Mais… Mais qu’est-ce que tu fous, là ?! T’es majeure au moins ?! Qu’est-ce qu’il te prend ?! »

À mesure que je prononce ces mots, son visage ne fait que rajeunir. Une fois ma voix morte au fond de ma gorge, son visage devenu rond et laiteux n’est désormais plus tourné vers moi que pour me contempler d’un regard tendre. Après m’avoir adressé un petit rire taquin, elle saute dans la marée humaine des étudiants descendant et remontant inlassablement les escaliers s’étendant à perte de vue.

Porter mon regard vers la foule baignée de lumière m’aveugle sur-le-champ.

Mood musical

Chapitre 4 : souvenirs précieux

Hier, poussé par un tweet, je faisais la liste de mes consoles et mes jeux préférés pour chacune d’entre elles. Un exercice qui m’aura fait prendre conscience du chemin que j’ai parcouru, et de toutes les consoles que j’ai pu posséder. De quoi admettre sans l’ombre d’un doute que j’ai été chanceux, loin de moi l’envie de le nier.

Et aujourd’hui, je me suis réveillé avec un souvenir que j’avais jusque là oublié. De peur de le perdre à nouveau, et parce que celui-ci est lié à un autre tout aussi cher, je m’en vais vous les partager ici. Attention : vous vous apprêtez à pénétrer dans l’esprit de l’OtaXou au cours de sa plus tendre enfance. Oh, et je dis « la » GameBoy : vous êtes prévenus.

Ma première console portable ne fut autre que la GameBoy première génération, avec ses 4 piles et son protège-écran qui se décolle en permanence. Ce n’était pas vraiment la norme dans ma cour de récré, qui était plutôt rythmée par des Pocket et Color, mais je n’étais pas pour autant excommunié de la communauté difficile des enfants : j’avais simplement un Cable Link plus étrange que ceux des autres à deux embouts à chaque extrémité.

Je n’étais pas non plus le seul dans cette situation : fort heureusement, mon ami Guillaume avait lui aussi un modèle de la sorte. A ceci près que la sienne était verte : il était donc un peu plus cool que moi. Nous étions naturellement tous réunis autour d’une seule obsession : celle de Pokémon. Il n’existe aucune frontière entre les enfants dès lors que l’on a besoin d’un Férosinge inexistant dans sa version.

La GameBoy Color

Je ne sais pas si j’ai connu sa sortie, ce passement de flambeau dans la cour. Mais je sais une chose : la GameBoy Color me faisait beaucoup envie. Etant un gamin assez timide, je n’osais pas vraiment exprimer cette envie auprès de mes parents, à qui je devais après tout déjà la joie que la GameBoy originale me procurait. Mais qu’est-ce que j’avais envie de voir de la couleur dans mes jeux, particulièrement alors que mes amis s’amusaient à intervertir le noir et le blanc sur leurs vieilles cartouches.

J’ai eu la GameBoy Color d’une manière bien étrange. En visite chez mon arrière grand-père maternel, que je voyais très rarement, je ne faisais que jouer dans le jardin avec un petit ballon bleu et tenter tant bien que mal de comprendre les discussions au repas. Mais je me rappellerais toujours d’une chose : à la fin de ce repas précis, papy nous a enjoint à soulever nos assiettes. Surprise : une petite enveloppe sous celle de ma soeur et de moi, contenant un billet qui me semblait valoir une fortune à cette époque. Je n’avais jamais vu une telle somme de ma vie, mais je savais très précisément où je voulais l’investir.

Une fois rentrés, ma famille et moi-même nous sommes tranquillement installés au salon. Je me suis renseigné sur le prix d’une GameBoy Color, et ai appris la dure vérité : malgré cette somme colossale, il me manquait précisément 50 francs pour pouvoir accéder au Saint Graal. 50. PUTAIN. de. francs. Le visage probablement transformé par le dépit, j’ai pu voir ma mère disparaître d’un air décidé par la porte de notre maison.

10 minutes plus tard, elle revenait du tabac local avec l’équivalent de 10 francs de jeux à gratter dans les mains. Le destin se jouait maintenant : ma famille m’entourant, je grattais un à un les petits cartons à la recherche d’une divinité quelconque. Premier ticket : 0. Deuxième ticket : 0. Le troisième ticket se remboursa tout seul. Quand enfin, à l’avant-dernier ticket… je bondissais. S’affichait sous une montagne de poussière une somme très légèrement supérieure à celle qui me manquait pour enfin acquérir ma GameBoy Color tant convoitée. Pour les curieux : le dernier ticket était aussi nul, mais je m’en fichais royalement à ce point.

Je ne me souviens plus vraiment de quand nous avons été la chercher. Mais j’ai un souvenir qui restera à jamais gravé dans ma mémoire photographique : assis au siège passager de notre Renault 19, je ne pouvais me lasser de contempler ma GameBoy Color vert pomme flambant neuve, avec un mélange d’amour de la console et de fierté d’avoir pu l’acheter par moi-même. Je n’avais jamais connu jusque là de console neuve, jamais connu de boîte d’origine, jamais acheté le moindre jeu, la moindre console par moi-même. C’est cette extase qui m’aura conduit à être obnubilé par cette couleur, encore aujourd’hui.

L’enfant le plus cool de la cour de récré

Pokémon Cristal

J’aimais passionnellement ma console, malgré le peu de jeux que je possédais. Toujours sur Pokémon à faire monter de niveau mes monstres pour quelques batailles, j’ai vu Pokémon Or et Argent arriver petit à petit dans ma cour de récré. Et si je n’étais pas exclu de cette petite communauté d’enfants pour autant, le fait est que j’étais tout bonnement en retard. Ironiquement, bien que sans aucune surprise pour ceux qui me suivent, j’étais aussi l’enfant le plus passionné par les jeux de ma cour.

Observant mes amis, j’avais déjà mes préférés. Je voulais si fort un Héricendre que j’en rêvais la nuit, tandis qu’un ami m’avait prêté sa cartouche déjà finie afin que je capture pour lui les chiens légendaires. Sans aucune originalité mais avec beaucoup de ferveur, je me suis mis en adoration face à Suicune dont le design m’a profondément marqué. J’ai été l’enfant de la cour de récré à trouver l’Aile Argent totalement par hasard, débloquant la possibilité de récupérer le deuxième légendaire pour tous mes camarades.

Et pourtant… je n’avais pas le jeu. Je n’avais pas la possibilité de monter mon équipe, de former ce lien avec mes Pokémon que fantasme un peu trop le dessin animé mais qui était pour autant réel pour moi. Là encore, je n’osais pas réclamer quoi que ce soit à mes parents : mes désirs si forts soient-ils étaient donc tus.

Vinrent les fêtes de Noël, pour lesquelles je n’exprimais pas vraiment de demandes au préalable auprès de mes parents. Je me souviens découper des catalogues et faire mes listes, mais les garder précieusement à mes côtés comme un doux rêve. Peut-être avaient-ils connaissance de celles-ci, mais je ne saurais le dire.

Toujours est-il que je n’avais pas l’habitude d’attendre quoi que ce soit de précis lors des fêtes. Je ne me souviens même pas être conscient de l’existence du jeu à cette période. Mais lorsque j’ai déballé ce petit paquet à mon nom en dessous du sapin, j’ai pu voir Suicune me regarder droit dans les yeux alors que la mention « Pokémon Cristal » m’indiquait qu’il s’agissait d’un nouveau jeu de ma licence favorite.

Ayant quelques souvenirs de mon addiction à cette époque, je pense pouvoir déclarer sans l’ombre d’un doute que plus personne ne m’a vu lever les yeux de ma GameBoy Color vert pomme cette nuit-là… et même les semaines d’après. Plus tard, j’apprenais que c’était ma grand-mère paternelle qui avait fait l’effort de se renseigner sur les tendances chez les enfants, est allée au Virgin ou à la Fnac locale interroger le vendeur, et est revenue avec le cadeau absolument parfait pour moi.

Comprenez bien : ma grand-mère a toujours eu un statut particulier pour moi. Etant la personne qui nous emmenait en voyage tous les ans ma sœur, ma cousine et moi, elle aura été la pierre angulaire afin non seulement de me faire découvrir du pays, mais aussi me lier profondément à ma famille paternelle relativement éloignée.

Et c’est ma grand-mère qui m’aura offert les trois premiers tomes de Harry Potter, oeuvre importante de mon enfance passée à dévorer des livres. C’est aussi ma grand-mère qui, apprenant que j’aimais les « mangas » à une époque où les œuvres japonaises n’étaient pas très bien traitées par les médias généralistes et définitivement inconnues des vieilles générations, aura encore une fois fait l’effort de se renseigner pour m’offrir des tomes de séries populaires à Noël (dont Hunter X Hunter, ma grand-mère a naturellement bon goût).

Mais aussi gâté que j’aie pu être par cette chère mamie Kiki, rien ne supplantera jamais Pokémon Cristal. Car si le contexte était parfait pour ce cadeau qui me marquera à vie, ce souvenir me rappellera constamment à quel point, malgré sa méconnaissance du sujet, ma grand-mère a toujours fait l’effort supplémentaire pour me convenir parfaitement.

J’aurais été heureux avec n’importe quoi à cette époque. Mais elle faisait en sorte de toujours respecter les passions que je formais de moi-même, et m’a toujours offert de quoi les faire grandir. Sans aucune base à laquelle se rattacher, étant le seul enfant « geek » de ma famille et l’un des plus vieux, elle aura été l’un des piliers fondateurs de mon développement culturel.

C’est pourquoi Pokémon Cristal est aussi important à mes yeux : plus que Suicune, il cristallise cette relation.

J’ai conscience que l’imagination d’un enfant ait pu embellir cette histoire. Mais c’est ce qui était vrai pour moi à cette époque : qu’importe donc ce qui était vraiment.  

Mood musical actuel

Chapitre 3 : hey Internet

Hey Internet,

Je sais qu’on se parle tous les jours, et tu sais que je t’aime beaucoup. On s’entend bien toi et moi, on s’est d’ailleurs toujours entendu depuis mon enfance. Mais si je te personnifie aujourd’hui pour t’écrire, ce n’est pas vraiment en tant qu’ami. Et j’en suis navré, vraiment, mais ça fait longtemps que je fais le dos rond et subis quelques-uns de tes défauts et j’ai l’impression que je dois le dire une bonne fois pour toutes, pour qu’on s’entende mieux.

Parce que tu vois Internet, aujourd’hui… J’ai besoin de m’engueuler avec toi.

Je sais que je ne suis pas parfait, d’accord ? Je sais que fondamentalement je suis un petit gros qui parle d’univers qui n’existent pas et pose des questions qui n’ont aucune véritable réponse. Mais t’es pas obligé de représenter un rappel incessant de tout ça pour moi et les personnes que j’aime, d’accord ?

J’en ai strictement rien à foutre d’être « fit », d’avoir un « healthy lifestyle » en balançant des tonnes de photos d’avocats partout là. Ok j’aime les avocats, mais lâche-moi la grappe : j’aime beaucoup plus les soirées pizza devant Netflix comme un gros pachyderme à boire des grandes rasades de Coca. Ça te pose un souci ? J’en ai rien à foutre, moi ça me rend heureux. Et putain, mon corps est juste la preuve par A+B que tout va bien chez moi, j’aimerais bien que tu le comprennes ça. Parce que c’est le but final non ?

Pas pour toi, c’est pas l’impression que tu me donnes en tout cas. Tout ce à quoi tu me fais penser, c’est une publicité pour une vie qui ne me correspond pas. Mais le pire dans tout ça, c’est que cette publicité est présente constamment pour me juger dans mes choix, comme une ombre oppressante tentant de me pousser dans un moule auquel je suis loin de correspondre.

C’est pas à moi de changer pour toi sur ces points, ok ? Tout ce que t’as fait ces dernières années, c’est faire fuir les personnes qui m’intéressaient le plus dans mon entourage. Les perdus de la vie, les névrosés pleins d’angoisses, les gens incapables de poser un pied devant l’autre sans qu’une myriade de questions les étouffent, les introvertis qui ne peuvent parler que dans un silence de plomb. Tous ces produits d’une addition qui divisent, ces rebuts d’une société qui n’existe pas. Ces emprisonnés de la culture générale, du mondain, du banal.

A vouloir pousser les autres à donner le meilleur d’eux-mêmes, tu n’as fait que promouvoir l’apparence d’une vie meilleure… au prix d’étouffer un dialogue pourtant nécessaire. J’aime bien avoir raison, dur de le nier… mais bordel, je préfère avoir tort. Je préfère que les gens viennent m’expliquer pourquoi, argumentent, me fassent comprendre à quel point j’avais la tête coincée dans le fondement jusque là. Apprendre. J’ai envie de détester des trucs adorés de tous, envie d’aimer ce que tout le monde abhorre. Pour ça, j’ai besoin que tu le respectes et le comprennes, et ne viennes surtout pas me faire me sentir mal d’être moi.

Je suis putain d’humain ok ? Mes pensées se barrent dans 14 chemins différents à chaque fois que je dois prendre la moindre décision. Même maintenant alors que je t’écris, je ne saurais pas dire quel est mon but vraiment. Mais j’ai besoin de ça. J’ai besoin d’être un bordel sans nom, de constamment douter de moi et toujours me demander si ce que je fais va me pousser vers un avenir meilleur. Le bonheur quoi.

Et j’ai définitivement besoin que tu ne sois pas là pour ça, avec ton air supérieur et tes conseils factices qui n’ont rien à m’apporter. On se côtoie depuis longtemps Internet, mais tu ne me connais pas. Alors je te le dis franchement : ferme ta gueule. J’ai pas besoin de ton avis sur des questions aussi importantes. J’ai besoin que d’autres personnes tout aussi barrées que moi viennent m’aider à comprendre les choses que je n’arrive pas à comprendre seul, parce qu’elles auront traversé les mêmes délires que moi en ne trouvant de réponse que pour les autres mais jamais pour elles.

Je veux que des personnes paumées me disent où aller, que des névrosés me disent de me détendre et que des introvertis me disent de m’ouvrir aux autres. Parce que ce sont ces personnes qui connaissent le mieux ces sentiments Ô combien humains mais surtout vrais, profonds, importants. Ce sont des sages pour lesquels tu n’as aucune putain d’attention, trop perdu dans ton flux permanent pour te poser avec moi dans un canapé à simplement contempler le bordel et tenter de le trier.

Et pourtant, c’est ce dont beaucoup de personnes ont besoin, Internet. C’est cool que tu sois là de temps à autre pour nous rappeler qu’on peut viser toujours plus haut, que d’autres personnes réussissent. Tu me donnes ce petit murmure dont j’ai parfois besoin dans ma cacophonie pour aller mieux. Mais je t’en supplie : apprends à la fermer quand tu n’as rien de mieux à faire que de te comparer constamment aux autres. Si tu veux vivre ta vie comme ça, ça ne me dérange pas Internet, vraiment. Mais ne présume pas que je devrais suivre ta voie pour atteindre une vie meilleure. Parce que si je suis parfaitement honnête avec toi… Ce que tu vises me répugne, mais je viens pas te faire chier pour te dire de vivre comme moi.

Parfois, j’ai la faiblesse de penser que je devrais te suivre parce que t’as la confiance en toi que j’aimerais avoir. Mais au fond de moi, je sais que rien de ce que tu me présentes ne m’irait. Tu es l’herbe constamment verte du voisin alors que je suis un casanier convaincu : c’est joli, j’ai parfois envie d’y être, mais si j’y passe plus de 10 minutes… Mon monde me manquera.

Et c’est cool, ok ? Tu es là pour faire tes voyages et tes repas et je sais pas quoi, et je suis là pour… Je sais pas, ok ? Je sais vraiment pas. Mais je pense que j’ai une spécialité à faire valoir aussi, et j’aimerais bien que tu sois plus utile pour m’aider à la trouver plutôt que me faire douter constamment de mes choix. Parce qu’en vérité, je profiterais absolument pas de tout ce que tu me montres tant que je n’aurais pas démêler un minimum le bordel qu’il y a à l’étage. Et je l’accepte, je m’en fous fondamentalement.

Cette lettre a aucun putain de sens ? Démerde-toi avec ça. C’est ta spécialité, paraît-il, d’être en ordre et de savoir exactement ce que tu fais. Pas moi. Moi j’fous un bordel monstre et je l’étudie silencieusement pendant des plombes. Je suis passé expert dans l’art de chuter en avant, et tu sais quoi ? Ça fonctionne. Je suis la théorie du chaos à échelle humaine, quand tu parais constamment être l’ordre et la certitude. Et si on travaillait ensemble, sérieusement, au lieu de m’envoyer ton armée de suivants constamment à la gueule pour me dire quoi faire et penser ?

Je n’en ai pas besoin. Ce dont j’ai besoin là tout de suite, c’est de tous ceux que tu laisses sur le bas-côté, voire même ceux que tu blesses. Sans le vouloir, je sais, mais le fait est qu’ils sont là et que tu ne t’en excuses jamais. Et je suis pas intimement convaincu que tu le fasses exprès, tout l’inverse : je pense que t’es fondamentalement bien. Sinon, pourquoi je t’aurais suivi toutes ces années ?

Mais apprends à faire preuve peut-être d’un peu plus de discernement, ou je ne sais pas… peut-être aussi à te retirer quand tu sais que tu n’as rien à apporter ? Peut-être juste être un soutien pour tout le monde, pas seulement ceux qui te correspondent.

A minima, redeviens un bon ami s’il te plaît. Je ne sais pas si avec le temps, on a grandi chacun dans notre coin et on ne se correspond plus vraiment. Mais il fallait que j’essaie de te parler, tu comprends ? Parce que tu es important pour moi, plus que je n’oserais l’admettre. J’ai grandi avec toi, j’apprends avec toi, je bosse même avec toi. Tu as une place si importante dans ma vie que je n’arrive même pas à l’imaginer sans toi.

Mais qu’est-ce que tu peux être con, des fois. Et il fallait que je te le dise, en tant qu’ami. Je sais que tu ne manqueras pas de me le rappeler une fois les rôles inversés.

Maxime.

Mood musical actuel

Chapitre 2 : l’âge au fond du verre

A la fin de chaque période compliquée de ma vie vient toujours un temps pour la réflexion, l’introspection. J’ai tendance à ne jamais savoir ce qui va ou ne va pas chez moi tant que je suis pris dans le tourbillon des événements, avant de pouvoir jeter un oeil en arrière pour en comprendre les tenants et aboutissants. De ce fait, ma venue sur Paris est pour le moment rythmée par cette idée, dans le but de grandir et de toujours viser plus haut pour mon futur.

Pourtant, ma dernière histoire n’a tristement pas vraiment eu d’impact sur ma psyché, quand bien même j’en tire une leçon précieuse pour mon bien futur. Ne devrais-je pas, auquel cas, passer cette étape d’introspection pour me concentrer sur autre chose ? Mon déménagement à Paris n’a pas vraiment eu d’impact non plus, n’étant pas vraiment concerné par mon environnement immédiat.

Et malgré tout cela, j’ai eu la vague impression de ne pas être bien ces derniers temps. Comprenez bien : ce sentiment m’est plus étranger que familier, mon esprit étant plutôt habitué à considérer uniquement le bien face au mal, le positif surpassant le négatif naturellement alors que le flux de mes pensées vient m’offrir tant de perspectives qu’il en paraît presque inconvenant de me sentir mal : comment pourrais-je oser m’apitoyer sur mon sort, quand d’autres connaissent bien pire ? Telle est la question qui m’éprend rapidement lorsqu’un événement m’impacte, bien souvent suivie par une vérité simple, mais toujours aussi forte malgré le passage des années : je suis responsable de mon propre bonheur.

Cette impression ressentie sous-entendait donc un mal qui viendrait me provoquer une nouvelle introspection une fois passé. Si j’ai l’habitude de cet étrange brouillard, je ne m’empêche jamais d’essayer de le comprendre dans l’instant. Mais tout cela est futile, et me conduit bien plus souvent à ne me sentir qu’encore plus mal. Quand on regarde l’abîme…

Duralex mon amour

C’est dans ce contexte que j’ai autant abordé que subi les derniers jours, presque obsédé par l’idée que je ne me sentais pas bien sans savoir ce qui pouvait bien le provoquer. Evidemment, ce n’est pas cette impression qui viendrait gâcher mes journées et me paralyser sous ma couette : sur l’optimisme et la motivation, vous pouvez me considérer comme immortel. Il n’empêche pour autant que se trimbaler avec ce brouillant ambiant, cette lourdeur dans les épaules, ces cernes sous les yeux, n’a rien de plaisant.

Puisque les soirées autant que le temps lui-même ont tendance à faire passer cette impression, je suis une nouvelle fois allé boire un verre avec un ami. Cet ami est particulier pour moi, et pour cause : plus vieux, mais un brin moins excentrique, je partage avec lui une certaine vision de la vie et surtout des relations. A bien des égards, il pourrait être considéré comme l’un de mes mentors. Et pour cause : il fait partie de ces rares personnes dont je bois les paroles, et dont l’avis peut m’impacter bien plus rapidement que celui des autres. Il s’agit autant d’une preuve de respect pour sa sagesse qu’une logique parfaitement censée: de par la proximité, sans toutefois parler de similarité, de nos modes de pensées, je considère son avis comme l’un des plus importants que je peux acquérir.

Réunis une nouvelle fois en terrasse de « son rade » comme il le nomme, je lui déversais mes sentiments des derniers jours tout en absorbant mon whisky. L’acte n’était pas gratuit : j’avais besoin de son point de vue sur la question, ne serait-ce que pour me donner d’autres pensées à ajouter au flux de mes nuits blanches. Je ne m’attendais toutefois pas à une telle baffe, qui m’aura fait dormir comme un bébé au retour. Je garderai pour moi ses observations, ces superbes métaphores et allégories n’appartenant qu’à moi, et me concentrerai sur ce que j’ai compris de celles-ci.

« Et si j’étais le problème » ? Evidemment que je suis le problème dans ce contexte, là n’est pas la question. Mais pourquoi le suis-je ? Eh bien voyez-vous, j’ai passé l’intégralité de ma vie à faire en sorte que chacune de mes journées soit soldée par le sentiment que j’ai fait plus de bien autour de moi que de mal, obsédé par l’idée d’être vertueux. Dans l’enchaînement des événements ayant rythmé ma nouvelle vie parisienne, ce mode de pensée se sera retourné contre moi.

Pourquoi ? Tout simplement car j’ai vécu ces derniers temps des événements où ma volonté de faire le bien a supplanté mes envies, qu’elles soient purement bestiales ou réfléchies. Dans un contexte où je repars une nouvelle fois de zéro et tente une nouvelle fois de construire, le fait que je l’ai vécu à répétition sur un mois m’a naturellement provoqué énormément de frustration. Comment justifier tout cela ? Parce que « je peux l’encaisser, pour le bien de ma conscience ».

Si j’entretiens ce mode de pensée depuis des années, c’est par envie de faire le bien autour de moi. Avoir la capacité de soutenir mes proches. Etre un roc sur lequel tous peuvent se reposer. Et si cela doit passer par quelques sacrifices de ma part, ainsi soit-il ! De mon point de vue, je préfère souffrir plutôt que faire souffrir d’autres, pour « pouvoir continuer de me regarder dans une glace sans ciller ».

Mais n’est-ce pas là un comportement finalement nocif en soi ? Ne suis-je pas en train de me prendre pour le père de tout le monde, du haut de mes pauvres 25 ans, comme si j’avais pris au sérieux l’âge au fond de mon verre Duralex ? Car il y a une faille que j’ai ignorée (peut-être à dessein ou non, je ne saurais dire) pendant tout ce temps : l’erreur. « L’erreur est humaine » dit-on, ce qui est bien vrai : je suis le premier à dire qu’une erreur n’est qu’une occasion d’apprendre, pour viser quelque chose de toujours plus beau. Qui plus est, ce qui est vu comme une erreur sur le coup peut se transformer en un événement magnifique par la suite, le hasard aidant.

Mon comportement contredit donc quelque part mes convictions. Si je choisis d’empêcher les autres de faire des erreurs, ou d’être même parfois les erreurs des autres, on pourrait dire que je choisis le chemin empêchant les autres d’évoluer tout autant que moi. Sans compter bien sûr cette question de frustration, qui a toujours été un problème chez moi.

Qu’est-ce qui différencie toutefois cette action de celle d’un énorme égoïste ? La volonté première, paraît-il. Si le but est le bien, l’action possiblement répréhensible l’est-elle vraiment ? Ou pour reprendre une question que tout le monde a dû entendre une fois dans sa vie : mais qui te dit que ce n’était pas l’homme/la femme de ta vie ? L’erreur ne devient alors qu’une action supplémentaire dans une démarche dont le but a toujours été positif.

Prenez toutefois note que ces observations ont été faites en rapport à un contexte romantique extrêmement léger, faisant qu’elles ne devraient pas être utilisées pour expliquer n’importe quoi. Mais si elles m’ont fait m’endormir très rapidement la nuit d’après, c’est tout simplement pour leur capacité à me rassurer sur l’idée que je peux faire des erreurs tout en restant un homme bien. Je crois ?

Voyez-vous, ce n’est pas la première fois que l’on me tient des propos similaires; c’est simplement la première fois que je les entends d’une source que je sais mû par l’idée de bien. Aussi, l’accalmie n’aura pas duré alors que ma réflexion m’a poussé à tracer le parallèle avec ces discours entendus autrefois, qui bien que moins explicites et personnalisés avaient sensiblement la même teneur… mais prononcées par des personnes que je considère comme égoïstes. Cette réflexion me semble trop aisément corruptible.

Or, je me refuse à suivre ce « courant philosophique ». Ces gens qui se répètent à longueur de journée que l’on « naît seul et meurt seul » pour justifier de ne pas considérer leur prochain, que l’on ne connaît que ses propres pensées donc pourquoi diable s’enquérir de celles des autres. Pour moi, les êtres humains ne sont pas doués d’empathie (du moins certains d’entre eux) pour simplement l’ignorer lorsqu’ils sont rappelés à leur nature bestiale. Si l’Homme est composé de la conscience de son existence et de son impact tout autant que son instinct primaire, il me paraît stupide de ne pas faire marcher les deux à l’unisson.

Il va donc falloir que j’apprenne à composer avec cette nouvelle contradiction, ce nouveau paradoxe que mon « mentor » m’a pointé du doigt. Cette conversation fut toutefois rassurante, et aura fait disparaître ce brouillard qui commençait à s’épaissir : me voici enfin revenu au vacarme naturel de mes pensées divergentes.

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Chapitre 1 : Paris, paraît-il

Mon inspiration ne fonctionne pas nécessairement tel que j’aimerais qu’elle le fasse. Voyez-vous, mes articles me viennent en épiphanie, les mots s’accordant entre eux (souvent lorsque je me douche) pour me faire comprendre qu’une idée bourgeonne en moi. C’est à partir de là que l’écriture vient, d’elle-même, sans que je ne m’en sente nécessairement maître : j’ai plutôt l’impression d’être le scribe de mon subconscient, docile face à ses envies et humeurs.

Ces derniers temps toutefois, celui-ci semble fâché. Loin de me fournir la moindre idée d’article, voilà qu’il s’amuse à me faire jouer avec mes mots et me faire contempler ma vie, égocentré comme il semble être. Ce qui n’est pas étonnant : écrire a toujours été pour moi ma colonne vertébrale, l’acte en lui-même étant autant une volonté qu’une nécessité.

Ce qui l’est est cette envie de le partager. Mon texte « J’explose » sorti le weekend dernier est moins le résultat d’une envie de me montrer que de trois jours fiévreux passés à être dominé par des jeux de mots passant telles des étoiles filantes dans ma tête, réclamant d’être clamés du mieux que je le pouvais. 24 heures d’écriture pour une minute de vidéo. Mais pourquoi ? Ma question préférée reste après coup, n’étant guidé jusque là que par une intuition presque instinctive.

Ce blog n’a jamais été véritablement le théâtre de ma vie, mais bien plus de mes analyses culturelles. Toutefois, cela ne veut pas dire que je n’ai jamais rédigé ce genre de texte : si rares sont les personnes à y avoir eu accès, mon Google Keep est rempli de ces petites histoires personnelles montées en rime, souvent en anglais sans que je ne me l’explique. Mais je n’ai jamais eu l’intention de les partager, si ce n’est avec des personnes très proches : il s’agit après tout de créations d’une intimité rare, à des lieux de ce que mes productions habituelles offrent. Je ne saurais pas moi-même les caractériser, le terme « poème » me semblant bien pompeux pour ces petites choses ; disons plutôt « trucs qui riment ».

Aujourd’hui toutefois, l’inspiration dans les chaussettes et l’esprit obsédé par mon environnement immédiat, je ressens le besoin d’user de ma plume pour décortiquer ces suites de chutes en avant que je caractérise comme « ma vie ». Ne voyez pas cela comme marque d’un mal-être, bien au contraire : c’est par le fait de faire des erreurs et de les analyser jusqu’en tirer la substance que j’avance, mu par mon optimisme et l’indéboulonnable idée que je serai le plus heureux des Hommes.

C’est donc pour cela que je lance aujourd’hui « Chapitre ». Vous l’avez deviné : cette nouvelle catégorie sera un exutoire, pour ces moments où mon esprit ne m’offre en guise d’inspiration qu’une réflexion sur le temps qui m’est imparti. Cela fait des années que je me l’interdis, ayant toujours eu peur que cette démarche soit considérée comme nombriliste, ou que ce contenu soit tout simplement inintéressant. Deux réflexions me font aujourd’hui lever cette barrière : je suis de ceux qui apprécient de lire ce type de contenu, pourquoi donc remettre en question son intérêt. Et j’en ressens le besoin presque viscéral, fût-il temporaire. Après tout, ma vie n’est-elle pas le contenu le plus original que je peux créer ? Je suis le seul à la vivre. Je n’ai plus envie de m’interdire de partager ces petites choses qui font que je suis moi, quitte à ce que ce soit inintéressant.

Pour la capitale, je capitule

Et me voici donc à Paris. Enfin… sa banlieue, bien évidemment, mais je continuerai de dire Paris puisque ce n’est pas l’endroit où je dors qui m’importe, mais ce qui m’est accessible. Après des mois à vivre enfermé dans une bulle mentalement infernale, localisée fort heureusement dans la plus belle ville française, ce choix mûri depuis des années paraissait évident.

Je n’ai pas même souvenir d’un temps où je ne voulais pas être journaliste, dans une forme ou une autre. Nécessairement, Paris était identifié depuis bien longtemps comme un passage obligatoire… que j’ai tenté de fuir de nombreuses années durant. Sans être agoraphobe, ni même introverti pour être honnête, j’ai horreur du bruit et de la foule. Vous ne me verrez jamais me trimbaler sans mon casque audio, qui me permet de couvrir tout cela avec mes musiques et ainsi rester dans mon petit monde même en vadrouille.

Et par-dessus tout, j’ai un fort mépris pour les apparences, pour le superficiel. Si faire de Paris la capitale de tout cela n’est pas nécessairement juste, il n’empêche que sa réputation n’est pas pour autant déméritée en la matière ; le constat est simplement plus nuancé que le cliché ne le fait paraître. Tout cela est lié à ma manière de vivre, liée à une certaine obsession : l’idée de construire, de fuir le vain à la recherche de racines ancrées dans le sol sur lesquelles pouvoir se reposer.

Ces derniers mois de ma vie m’ont montré que j’avais atteint un plafond dans ce qu’il m’était possible de faire en dehors de Paris. Ayant désormais un emploi stable en télétravail, il ne restait pour moi que de choisir où je voulais aller. De peur de stagner, une peur terriblement présente dans ma psyché depuis des lustres, me voici donc à Paris où j’espère n’avoir plus de limites sur mes opportunités.

Et quelle arrivée. Je m’amuse à m’imaginer comme un acteur plein d’espoir venu décrocher son premier rôle d’importance. Dans ma chambre meublée de 9m2 dans une colocation délabrée (mais munie de la fibre optique, soyons sérieux), me voici à gratter ces lignes sur mon clavier posé sur un bureau qui ne demande qu’une seule chose : mettre enfin fin à ses jours, mentalité commune à l’ameublement de toute la pièce.

Mais je n’ai pas besoin de plus. C’est la leçon que j’ai en tout cas tirée de mes nombreux déménagements sur ces cinq dernières années : je n’ai vraiment besoin de rien. A dire vrai, je ne suis même pas sûr qu’au sens large, l’endroit où je vis m’importe. Si amoureux que je sois de Bordeaux et de mon précédent appartement, il m’aura fallu au grand maximum deux heures pour que je comprenne et intègre qu’il s’agissait ici de mon nouveau foyer. Je crois ainsi vivre principalement dans mes pensées. Ne reste donc plus qu’à construire en espérant que tout ne me pète pas dans les doigts encore une fois.

Tabula rasa. Un fait frustrant pour quiconque a ma mentalité : construire sa vie à la sueur de son front pour voir son édifice s’écrouler encore et encore n’est jamais quelque chose de plaisant. Mais cet état proche d’une renaissance est exactement ce qu’il me fallait. A vouloir aller trop vite et ne pas me laisser le temps de digérer certains événements passés, je n’ai jamais rien construit de stable sur ces dernières années. J’ai plutôt détourné mon regard des faits pour faire rentrer dans mes fantasmes une réalité qui était loin de me convenir.

On évitera donc cela à l’avenir, mais de quoi sera-t-il fait ? Loin d’essayer d’y penser, j’essaie surtout de vivre au jour le jour et de me mettre volontairement dans des contextes capables de me créer des opportunités. Derrière cette description alambiquée se cache une vérité simple : n’ayant rien actuellement, je dis oui à tout, bois pas mal et dors très peu. Tout en continuant à bosser beaucoup bien sûr, sinon ça n’est pas drôle.

Je ne peux toutefois m’empêcher de m’inquiéter. Si les opportunités culturelles sont vastes sur Paris, la mentalité ambiante que l’on me décrit ou que j’observe lors de mes diverses sorties semble être l’antithèse de ce en quoi je crois. Superficiels, frivoles, voire même pernicieux sont autant d’adjectifs que des proches de confiance ont plus ou moins utilisés pour décrire mes contemporains, entre autres notes que j’ai pu moi-même faire depuis mon arrivée.

« Amuse-toi » m’a-t-on même conseillé un jour pour cette escapade parisienne. Mais dans ce théâtre de l’humain, j’ai toujours eu des aspirations plus profondes que de faire appel à mes bas instincts. Aussi je m’inquiète, puisque je ne sais si je réussirais à m’y creuser un espace ou si je finirais par m’inspirer de mes pairs et taire ma compassion au profit de mon plaisir immédiat. La tentation est après tout là bien que tut, nourrie de ces dernières années à être utilisé.

Aussi, pardonnez mon manque d’inspiration sur ce blog ; je suis pour le moment en train de reconstruire ma petite base d’opérations. Bien qu’elle soit avant tout mentale, je l’espère cosy et cossue passée cette période de questionnement. Ne vous inquiétez toutefois pas : je suis loin d’être dans le mal, bien au contraire, et ai même fait un article dont je suis fier. Je respire enfin après une période complexe, et ai devant moi un univers des possibles qui m’enchante où mon optimisme naturel ne peut que s’exprimer pleinement. Ne me reste plus qu’à le modeler dans une forme qui me convienne… encore faut-il que je l’établisse.

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